Commençons, si vous le voulez bien, par la branche 1. Elle intéresse tout particulièrement ceux d'entre vous nés dans les départements de la Seine-Maritime, de l'Eure et du Calvados. Mon épouse vous parle de deux personnages de cette branche.

 

Madame Eliane LATRON prend la parole

Fils de Jean LATRON, fermier, et de Marie MOTTE, Jean né en 1707 à Baillou (Loir et Cher) se marie à l'age de 23 ans, à Mondoubleau (Loir et Cher) avec Marguerite VASSELIN de Vibraye (Sarthe). Il est vigneron de son métier. De ce mariage naissent : Marguerite en 1731, Jean en 1732, Catherine en 1735, Anne en 1736 et Françoise en 1738. Hélas, la maladie s'acharne sur cette famille et, malgré les soins prodigués à l'hôpital de Vibraye, disparaissent en quelques années les quatre filles et la maman. Jean reste donc dès 1739 avec son seul fils Jean âgé de 7 ans, sa douleur et des dettes. Une porte de sortie s'offre à lui en la personne d'un sergent recruteur. Contre la signature d'un engagement de sept ans dans le régiment d'infanterie de la reine Marie LESZCZYNSKA ses dettes seront épongées. Il accepte, contraint et forcé, et, désespéré, place son fils Jean sous la tutelle du sieur Julien RIGAULT, son cousin, avant de rejoindre son régiment engagé dans la guerre de succession d'Autriche. En 1747, grièvement blessé dans le Piémont, il est dirigé sur l'hôpital militaire de Nice où il meurt après une semaine de souffrances. Il avait 40 ans et fut de ceux qui, disait-on, se battirent "pour le roi de Prusse".

Son fils Jean a 15 ans quand il apprend la triste nouvelle. Seul, accablé, découragé, il veut quitter ce coin et probablement s'engage à son tour. Nous le retrouvons en Normandie en 1762. La région ressemble à son pays natal, il s'y sent bien, s'engage comme batteur en grange chez maître Jacques BREAND, laboureur. Il se marie a 30 ans, à Bénesville (Seine-Maritime) avec Anne LEROND, fileuse, native du Pays de Caux et meurt en 1778, âgé de 46 ans, laissant une famille de huit enfants en bas âge. Jean est à l'origine de la branche dite Normande.

Cent cinquante ans plus tard, naît en ligne directe du 2ème fils de Jean, à Montmain (Seine-Maritime), Claude LATRON. Attiré très jeune par le sport, plus particulièrement le football, son père André l'inscrit comme minime au football club de Rouen. Doué, vif, intelligent, il gravit les différents échelons de footballeur avant d'être titularisé en équipe première, au poste d'avant-centre. Cette année là, grâce aux 13 buts qu'il marque, son club monte en première division. monsieur SCHIRCHIN son entraîneur nous confiait récemment : "Claude m'a toujours donné entière satisfaction, ses qualités : adresse, rapidité, gentillesse, esprit de sacrifice, en font l'un de mes meilleurs éléments." Il quitte le football club de Rouen après 18 années de bons et loyaux services et poursuit sa carrière comme entraîneur notamment à Sochaux, Baume les Dames, Cuiseaux, Chartres, avant d'être nommé conseiller technique départemental de la Nièvre. Il meurt subitement, âgé de 48 ans, en Espagne, au cours de la coupe du monde de football de 1982. Le jubilé qu'il méritait bien n'a jamais eu lieu, au grand regret de tous ses amis et collègues.

 

Poursuivons par la branche 2, disséminée aujourd'hui à travers toute la France.

Monsieur LATRON prend le relais

Paul Emile LATRON, né en 1882 à St Hilaire du Harcouet (Manche), est le premier d'une famille de six enfants, dont le père Paul Arneste, aux revenus modestes, était marié à Marie GARDIE de Sourdeval (Manche). Engagé au 131ème régiment d'infanterie à Orléans, admis à l'école des E.O.R. de St Maixent, Paul Emile en sort sous-lieutenant en 1906. Il se fait remarquer par son endurance à la fatigue et ses aptitudes pour les longues marches. Ses enfants ont apprécié, bon gré mal gré, à l'occasion des vacances, les fréquentes "petites" promenades de 15 Km, même les petits. Promu Lieutenant en 1908 au bataillon des chasseurs à pied de Longwuy, la vie de garnison lui pèse très vite, il demande sa mutation en Algérie où il rejoint le seul poste disponible aux "BAT d'AF", bataillons disciplinaires accueillant la pègre de l'époque. Il se retrouve dans le sud des confins Algéro Marocains et en profite pour apprendre l'arabe avant de se faire admettre dans le corps des affaires indigènes. Le Maroc est alors en pleine ébullition, les tribus dissidentes sont partout, la pacification commence. Sous les ordres du maréchal LYAUTEY il sillonne le territoire en tous sens : Agadir, Mogador, Marrakech, … Il construit, administre, soigne, enseigne, plante et parfois se bat. Il gagne d'une part ses galons de capitaine et le titre de chevalier de la légion d'honneur, d'autre part les marocains reconnaissants lui accordent considération, estime et amitié.

La grande guerre éclate, Paul Emile envoyé au front participe aux grandes batailles :  "Caurettes-Vosges", "le Chemin des Dames" et "Verdun". Il la termine avec 5 citations, la rosette et le grade de chef de bataillon. De Bar-le-Duc où il compte bien ne pas moisir en garnison il profite d'une "perme" pour se marier à Houdan (Yvelines), pays où se sont installés sa mère, sa sœur et son frère. Nouvelle demande de mutation, il se retrouve de nouveau au contact de la dissidence au Maroc : Kasbah-Tadla, Oued Zem, Agadir, Tamanar, … toujours dans le sud. Dans le même temps sa famille s'accroît et en 1927, après 26 ans de services rendus à la France, dont 6 seulement en garnison, il décide de s'embourgeoiser. Il prend sa retraite… sur un "lot de colonisation" que lui offre l'état Marocain : 600 hectares de cailloux et d'épineux à 70 Km à l'est de Marrakech. Il y fait construire une ferme et des maisons, il défriche, épierre et plante. Il reste pour les indigènes le "Hakeim", c'est-à-dire le chef, le juge, le conseiller. Par la suite, c'est une huilerie coopérative et une église qu'il fera édifier.

Décédé en 1961, à 79 ans, il repose au milieu de ses oliviers et de ses orangers. Aujourd'hui encore, dans les douars environnants, les vieux parlent toujours "du commandant qui plantait les arbres".

La branche 3, aujourd'hui représentée par seulement quatre personnes, dont trois habitent la Bretagne et un l'Eure-et-Loir, semble s'éteindre. A notre grand regret nous n'avons pas trouvé l'inspiration dans cette branche. C'est pourtant dans celle-ci que nous relevons les naissances dans une même famille, vers la fin du siècle dernier, de 3 paires de jumeaux en 6 ans. A noter que cette performance n'est pas encore reprise au livre Guiness des records.

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